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Compte-rendu de la conférence « la stratégie chinoise d’accès à la haute mer »

22 Mar 16

"La stratégie chinoise d'accès à la haute mer" : le compte-rendu de la conférence du commandant Marc du Vignaux est désormais disponible

Conférence Marc Merveilleux du Vignaux « La stratégie chinoise d’accès à la haute mer » British Council 15 mars 2016

Cette conférence est le fruit d'un partenariat entre le British Council, le Centre d’Etudes Stratégiques de la Marine, les King’s College Alumni et Océanides. Propos introductif de Frederico Alcantara de Melo, président des Alumni de King’s College France. Présentation de l’orateur par le capitaine de vaisseau Laurent de Jerphanion, Alumnus.

_DSC4720Le capitaine de corvette Marc Merveilleux du Vignaux débute sa conférence par le récit de l’histoire d’un bâtiment dont la construction a commencé en 1985 en URSS –au chantier ukrainien de Nikolaiev-, le Varyag, deuxième de sa série, de 60.000 tonnes. Après la chute du régime, ce porte-avions est resté rouiller à quai jusqu’en 1998, date à laquelle il est racheté par une société de Macau pour 20 millions de dollars. Objectif : en faire un temple du jeu. Débute alors le remorquage de cette coque inerte, rouillée, vers la Chine. Le périple passe par le Cap de Bonne Espérance, le canal de Suez lui ayant été refusé, essuie de très fortes tempêtes, mais au lieu de stopper à Macau, poursuit sa route vers le Nord, jusqu’à Dalian, à la surprise de tous. Les autorités chinoises ne communiquent à aucun moment, mais les observateurs notent la mise en place d’échafaudages. En juillet 2011, le chef d’état-major de la marine chinoise annonce le rachat d’un porte-avions étranger et sa transformation en porte-avions national. Dès le mois d’août, le porte-avions effectue toute une série d’essais à la mer. Ceux-ci devraient bientôt prendre fin.

Il s’agit là de l’exemple parfait de ce que la Chine fait lorsqu’elle touche à des sujets hors normes : mise de la communauté internationale devant le fait accompli. Il en va de même pour la construction des îles artificielles en mer de Chine. La Chine construit actuellement un second porte-avions indigène.

Histoire rapide de la Chine Dynastie des Han : -202 - +220 Des bâtiments quittent la Chine pour commercer dans l’océan indien : vente de soies, de laques jusqu’à l’île de Ceylan.

Dynastie des Song : 960 – 1279 Les Chinois développent une marine combattante après avoir inventé la poudre.

Dynastie des Yuan : 1271 – 1368 Dynastie mongole héritière de Gengis Kahn qui administre ses conquêtes par voie de mer : elle possède la moitié de la péninsule indochinoise.

Dynastie des Ming : 1368 – 1644 L’amiral eunuque Zheng He prend la tête de sept grands voyages à travers tout l’océan indien et la mer Rouge jusqu’à la côte est de l’Afrique. Il navigue pendant près de 30 ans. Après lui, la Chine stoppe ses échanges avec le monde extérieur. Il n’y aura ensuite plus aucun fait maritime majeur.

Au cours des années 1980, l’amiral Liu Huaqing, chef d’état-major de la Marine, grand homme politique, a théorisé le renouveau de la marine chinoise. Il préconise l’Active Offshore Defense Strategy, décomposée en trois phases : - première phase correspondant à la première chaîne d’îles allant du Japon aux Philippines. - Lorsque la Chine a la maîtrise de cet espace, l’amiral suggère de se protéger jusqu’à la deuxième chaîne d’îles passant par Guam. - Reste à passer à la maîtrise sur toutes les mers du monde, d’où le besoin en porte-avions, sous-marins, etc.

Active Offshore Defence Strategy

Cette théorie n’a pas forcément été appliquée à la lettre.

Le processus chinois La première chaîne : mer de Chine orientale et du sud, caractérisée par un contentieux bilatéral avec le Japon sur les îles Senkaku de 7km² où ne se trouve aucune habitation et qui ne représente pas d’intérêt stratégique majeur car elles n’ouvrent pas sur le Pacifique. Le contentieux est le fruit d’une rivalité politique entre la Chine et le Japon : en septembre 2012, le gouvernement japonais a pris la décision de racheter et nationaliser ces îles, alors propriétés d’un Japonais. La Chine a protesté et, depuis, la rivalité est ouverte.

En mer de Chine méridionale, la géographie maritime est compliquée en raison des hauts fonds et autres bancs de sable. Les îles Spratley et Paracels sont revendiquées par tous les pays riverains. Depuis Mao, la Chine revendique ainsi l’intégralité de la mer de Chine méridionale ce dont procèdent les attitudes suivantes : - volonté de sécuriser les couloirs d’approvisionnements en matières premières devant une menace pas forcément matérialisée (piraterie, marine US ?...) - volonté de sécuriser les supposées ressources en hydrocarbures. Attention cependant, les estimations vont du simple au double. - Volonté de sanctuariser un espace stratégique pour la dissuasion nucléaire. La doctrine chinoise prône le non emploi en premier en cas de conflit nucléaire. Le corollaire est que tous ses sites risquent potentiellement d’être détruits, d’où la nécessité d’une force de frappe en second incarnée par les sous-marins. C’est la raison pour laquelle la Chine développe sa capacité nucléaire océanique. Ses sous-marins étant basés sur l’île de Hainan au sud de la Chine, ils doivent traverser toute la mer de Chine du Sud pour accéder au Pacifique où se trouvent de nombreux destroyers américains au sein de la 7ème Flotte ou traverser les détroits probablement également contrôlés par les Américains. - Volonté de Pékin de fédérer une population chinoise derrière une bannière nationaliste afin de détourner la population de problèmes intérieurs.

Les outils de cette diplomatie La Chine, pays le plus puissant de la mer de Chine méridionale, utilise plusieurs outils : 1. une lecture un peu erronée du droit de la Mer dont le capitaine de corvette du Vignaux rappelle les grandes lignes via le graphique suivant :

Droit de la mer

- lignes de base (niveau des plus grandes marées) : eaux intérieures, Etat souverain

- zone des 12Nq (22 km) : eaux territoriales, Etat souverain mais autorité un peu dégradée. Libre passage inoffensif des bâtiments qui peuvent transiter sans avoir à notifier leur passage et sans se justifier. Le transit doit être continu, en ligne droite, sans arrêt…

- Zone Economique Exclusive de 200Nq (370 km) : Etat souverain sur l’exploitation des richesses économiques. Liberté de navigation.

- Haute mer : liberté totale de navigation.

La Chine a ratifié la convention de Montego Bay, mais en a une lecture libre. Les textes de lois utilisent un vocabulaire différent : eaux historiques, prétentions inaliénables de la Chine, etc. Cela entraîne une certaine confusion.

2. Les agences maritimes gouvernementales : il en existe cinq civiles appartenant à plusieurs ministères différents : pêche, océanique, garde-frontières, … Toutes sont équipées de bâtiments blancs armés par des civils, souvent d’anciens marins, fédérés sous une seule bannière, les garde-côtes. Ces bâtiments, pouvant aller jusqu’à 4000 tonnes, font la pluie et le beau temps en mer de Chine du Sud.

3. Les forces navales de l’armée populaire de libération. Les chantiers navals sont très dynamiques car il existe de grands programmes. Le nombre de jours de mer par an a été multiplié par 7 en 5 ans. Les bâtiments sont toujours visibles en mer de Chine du sud grâce à de nombreux exercices, des exercices de débarquement sur des îlots déserts qui effraient les marines de la région. Le tonnage des bâtiments de la Marine chinoise présents en mer de Chine méridionale est supérieur à celui de toutes les marines des pays riverains.

4. Les forums régionaux : La Chine y est très présente et oscille entre des discours misérabilistes et agressifs face à ses adversaires et principalement face aux Etats-Unis accusés par Pékin d’être des fauteurs de troubles. Pékin cherche à promouvoir le règlement à l’amiable des différends de façon bilatérale. Elle est opposée à toute intervention extérieure. La posture en haute mer : La Chine a franchi un cap en s’engageant, en décembre 2008, dans la lutte contre la piraterie dans le golfe d’Aden. Elle n’est cependant pas intégrée dans une coalition. Elle a d’abord escorté des bâtiments chinois, puis taïwanais, puis de toute nationalité. Elle a basculé de puissance côtière régionale à puissance plus internationale. En haute mer, la Chine donne l’impression d’avoir une « check-list » dont elle veut cocher toutes les cases : elle déploie aujourd’hui ses bâtiments sur toutes les mers du globe, de façon régulière et sérieuse. Parallèlement à cette posture visible, elle adopte une posture vertueuse en portant par exemple assistance à des bâtiments ou des pays en détresse (campagne de vaccination en Afrique de l’Est).

Cette stratégie d’accès à la haute mer est à mettre en parallèle des stratégies d’accès à d’autres territoires : exo-atmosphériques, aériens, cyber-espace.

Coopération navale : Les marines française et chinoise apprennent à se connaître via des escales et des exercices, mais cette coopération doit être améliorée car elles auront peut être un jour des actions à mener en commun.

Visite Rogel en Chine

Le commandant du Vignaux accepte ensuite de répondre à quelques questions avant que le British Council ne ferme ses portes.

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