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COMPTE-RENDU DE LA CONFERENCE DE PASCAL LAMY

30 Nov 15

Océanides, le CESM, DCNS Universeaty, France Forum et le Campus Eiffel recevaient, le 05 novembre dernier, Pascal Lamy, membre de la Commission Océan Mondial et ancien directeur général de l'OMC pour une conférence sur le thème : "La survie des océans, un enjeu planétaire".

COMPTE-RENDU CONFERENCE PASCAL LAMY « La survie des océans, un enjeu planétaire » Campus Eiffel 05 novembre 2015

L'assistance est composée d'étudiants des écoles de commerce qui se situent sur le campus, d'invités de l’association Océanides, du Centre d’Etudes Stratégiques de la Marine, de DCNS Universeaty et de la revue France Forum. Mot d'accueil du directeur du Campus France, Pierre Pariente : L'amélioration des échanges contribue à l'amélioration de l'économie mondiale. La France a longtemps été très protectionniste, d'où les revers de Louis XVI et Napoléon 3 lorsqu'ils ont voulu ouvrir les frontières, puis l'économie s'est ouverte il y a 50 ans. Il présente Pascal Lamy qui, après avoir été directeur de l'Organisation mondiale du commerce, est actif dans de nombreux organismes, notamment celui de candidature de la France à l'exposition Universelle de 2025. Anne Marie Idrac rappelle que l’association Océanides, qu'elle préside, est financée par des entreprises, notamment Total et DCNS. Le Conseil scientifique est présidé par Christian Buchet. Les travaux seront terminés en 2017 et peuvent être suivis sur le site internet (www.oceanides-association.org). L’objectif du jour est de contribuer à une meilleure prise en compte de l'océan dans les problématiques mondiales, dans la perspective de la COP21. Pascal Lamy s'exprime en tant que membre de la Commission Océan Mondiale sur les océans, financée par des ONG et de riches mécènes américains. S'y retrouvent des personnalités comme l'ancien président costaricain Figueres, Miliband, ancien ministre des affaires étrangères de la Grande Bretagne, Trevor Manuel ... 1. Un diagnostic sombre Il faut mettre fin au cycle le de dégradation des océans. Sujet enfin adopté comme l'Objectif 14 de l'ONU. Le diagnostic posé sur l’avenir de l’océan est sombre alors que celui-ci est l'écosystème le plus important de la planète. Il représente, en effet, les trois-quarts de la surface de la planète, dont deux-tiers sont en haute mer. L’océan produit la moitié de l’oxygène et absorbe un quart des émissions de CO2 qui participent à l’acidification et à la dégradation du milieu océanique. Trois milliards d’humains dépendent des océans pour leur subsistance. Pascal Lamy évoque l’image suivante : "la relation que la planète a avec les océans est à peu près celle que chacun a avec ses reins". Lorsque ceux-ci sont malades, toutes les autres fonctions sont menacées. L'océan souffre d'une maladie anthropogène. On y déverse et y prélève trop. Les ressources océaniques minières sont, par exemple, très demandées en raison de l’augmentation de la population et des activités humaines. Les coûts d’investissements sont moindres et donc les prélèvements augmentent. 2. Recommandations pour mettre fin au cycle de dégradation Plutôt que de chercher un système parfait, il serait mieux de faire quelques choix, plus efficaces pour lancer un processus de renversement. Quelques exemples de recommandations : - diminuer la consommation et donc les rejets de plastique. Il s’agit là d’une affaire de comportement. Les activités côtières sont ici les principales responsables. - établir un standard unique de protection des fonds marins en cas d’exploitation. Ceci sous-entend de gérer les problèmes de sécurité et de normes. - tracer les bateaux de pêche. Les bateaux de pêche du monde entier devraient être immatriculés, comme le sont les autres navires. Certaines des activités de pêche sont issues de la piraterie et les règlementations ne sont pas respectées. Une partie de la pêche est prélevée en douce ou en contradiction avec les réglementations/quotas. La surpêche est favorisée puisque les bateaux de pêche se modernisent grâce aux subventions, et puisque les carburants sont aussi subventionnés. Au niveau mondial, le montant des subventions est égal au montant du profit des compagnies de pêche. De nombreux débats ont donc eu lieu et les Européens ont hésité pendant trente ans, jusqu’en 2013. L’Union européenne rassemblait des gens de cultures très différentes. Aujourd’hui, l’Union européenne a une vraie politique de conservation depuis 2 ans : interdiction du débarquement de prises en fraude de poissons pêchés dans d'autres océans. Cependant, au niveau mondial : "un match entre les amis des poissons et les amis des pêcheurs" existe toujours. Une grande réforme commune de la pêche devrait mener à une vraie politique de conservation des ressources maritimes dans les océans, tout en allant peut être plus loin : si une indication nous dit que telle prise a été faite en fraude hors de nos eaux, alors nous l’interdisons chez nous. Pour cela il faudrait que les bateaux de pêche soient dotés de transpondeurs, comme les autres navires. Il faudrait inscrire à l'objectif 14 un dispositif général de gouvernance. La gouvernance est actuellement en retard, partagée entre des dispositifs locaux et 60 à 70 organismes internationaux. La Charte du droit de la mer ressemble à un règlement de copropriété plein de trous. N’attendons pas d’avoir un système de gouvernance qui fonctionne. Nous devons avancer sans attendre. Ce sera dans les 15 ans à venir la priorité. Les membres de l'ONU devront s'expliquer régulièrement tous les 3 ans. Lancer la renégociation sur le droit de la mer est nécessaire, mais prendra 10 à 15 ans en raison de la viscosité du système international. La lutte pour les océans est du même niveau que la lutte contre la pauvreté. GLOBAL OCEAN propose que les Etats déclarent les subventions qu'ils versent pour établir une transparence, puis réduisent les subventions au carburant qui sont celles qui ont le plus d'effet sur la surpêche, en même temps qu’ils mettent en place une traçabilité des prises illégales. Les initiatives de proximité ne sont pas dénuées d'intérêt, notamment pour faire monter la conscience dans les opinions. Ainsi, un distributeur alimentaire a une application qui retrace le parcours du poisson qu'il vend. 3. Questions du public : Edouard Brot : que faut-il pour que la "public relation " soit réussie ? Amiral (2s) Jean-Marie Van Huffel : comment faire pour que la pédagogie, l’éducation ne touche pas seulement les côtés ? Anne-Marie Idrac : qu'elles sont les conditions qui permettent d'évoluer plus vite ? Pascal Lamy : La moitié de la terre pousse dans le mauvais sens, surtout dans le Pacifique où il y a des traditions très vivaces sur l'utilisation des produits de la mer. Il y a aussi des pays, notamment en Afrique, qui vendent leurs droits de pêche en sachant qu'ils agissent mal. Bien sûr, Les Européens auraient le moyen de ne plus acheter pour faire pression. Pour le bon fonctionnement d'une communication, il donne l'exemple suivant : il a siégé au " Board" de la Martin School à Oxford, une école totalement pluridisciplinaire fondée par un philanthrope américain qui, peu avant sa mort, se demandait "comment faire pour que ça marche, pour convaincre efficacement ?" La réflexion de l'équipe a abouti au constat suivant : - il se passe quelque chose dans l'opinion quand il y a un drame qui fait peur à tout le monde - dans les autres cas, ce sont ceux qui ne veulent rien changer qui gagnent en général - il faut faire émerger des leaders - il faut une alliance politiques et administratifs + autorités civiles + business Rendre la dégradation des océans sensible est difficile. Ce doit être adapté à chaque culture. Ainsi, Océana, une ONG américaine, a-t-elle engagé un acteur.
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